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L'époque où surgit la dynastie capétienne ne se confond pas avec « la naissance
de la France ». Sans doute le royaume de Francie occidentale puis de France, qui
embrasse alors la Catalogne au sud et la Flandre au nord, devient-il une entité
politique qui ne se partage plus, mais le souverain continue explicitement de se
dire « roi des Francs » plutôt que « roi de France ». Si la monarchie construit
et élargit méthodiquement son domaine, le sentiment d'une unité française
n'existe pas alors. La France féodale demeure une mosaïque de régions de langues
et de coutumes diverses. Soucieux d'échapper à toute téléologie dynastique ou
nationale, le propos tenu ici accorde une grande attention à ces singularités
régionales. Il embrasse aussi les nombreux territoires, aujourd'hui français,
qui relevaient alors d'autres rois et princes et s'efforce d'insérer l'ensemble
des analyses dans une perspective européenne.Les siècles de la féodalité,
longtemps décrits comme des siècles de fer, correspondent en réalité au moment
du « décollage » européen. Dynamisme économique, expansion chrétienne et
mutations sociales vont alors de pair, portés par l'affirmation d'un ordre
seigneurial effaçant peu à peu les derniers vestiges de l'empire carolingien.
Comme le montre cet ouvrage, les acquis des recherches historiques des vingt
dernières années ont profondément renouvelé la compréhension de ce long moment
de transition. Ils permettent de décrire une croissance rurale plongeant ses
racines jusque dans l'époque carolingienne, même si le développement urbain et
commercial en modifie les formes et en accroît la vigueur à partir de la fin du
XIe siècle. Ils conduisent à réexaminer des questions aussi fondamentales que le
regroupement des populations et la « naissance du village », l'instauration de
la seigneurie châtelaine, le rôle des réformes monastiques ou l'épanouissement
de l'art roman et gothique. Ils amènent surtout à remettre en cause la thèse
d'une « mutation féodale » rapide et brutale autour de l'an mil au profit d'une
appréciation plus nuancée des évolutions, articulée sur les deux inflexions
majeures que sont la décomposition de l'ordre carolingien, à partir de la fin du
IXe siècle, et la réforme « grégorienne », dans la seconde moitié du XIe siècle.
Comme le montre le chapitre consacré à l'atelier de l'historien, les apports de
l'archéologie et de l'anthropologie ont beaucoup contribué à ces
renouvellements.
Féodalités (888-1180)
Collection dirigée par Joël Cornette, De (auteur) Florian Mazel et Coordination éditoriale de Jean-Louis Biget
Livre broché / livre de poche broché, 784 pages
€44,00 EUR
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